Un mot est souvent perçu comme un simple outil de langage
Il sert en effet à expliquer, à transmettre rapidement une idée. Pourtant, si l’on s’y attarde, le mot cesse d’être uniquement cela.
Un mot est composé d’une forme sonore, écrite, et visuelle.
Il a un poids, une durée, une empreinte. Il porte une histoire, des usages successifs, des détournements, des oublis. Comme un objet, il peut être usé, poli, déplacé, détourné, transmis.
Dans les cabinets de curiosités, les objets n’étaient pas seulement rassemblés pour ce qu’ils représentaient, mais pour ce qu’ils faisaient naître de curiosité.
Les mots fonctionnent de la même manière. Ils ne se contentent pas de désigner le monde ; ils en proposent une lecture particulière.
Un mot rare, oublié ou peu employé agit comme un objet singulier.
Il attire l’attention. Il oblige à ralentir. Il demande qu’on le regarde de près, qu’on l’écoute, qu’on en examine les contours. Il ne se consomme pas immédiatement : il se manipule mentalement.
Matérialiser un mot en l’imprimant, en l’illustrant et en lui donnant une voix revient à reconnaître sa nature d’objet.
Ce n’est plus un flux, mais une présence. Ce n’est plus un passage, mais un point d’arrêt. Le mot cesse de glisser : il s’installe.
C’est pour cette raison que, au Cabinet des Mots, les mots prennent la forme de cartes.
Non pour les figer, mais pour leur redonner une densité. Comme un objet que l’on garde, que l’on range, que l’on ressort plus tard, le mot peut ainsi revenir, résonner autrement, changer de sens avec le temps.